Article d’actualité :

Enquête beaux-arts magazine (édition 3)

Avr 20, 2020

Comment les artistes réinventent les jardins ?

Retranscription journalistique, enquête des beaux-arts magazine

Francis Hallé veut planter une forêt primaire

Francis Hailé Sophora Japottica couvert de lierre, 2019

Il parle le langage des arbres dont il défend la cause depuis plus d’un demi-siècle. Le biologiste et botaniste Francis Hallé a sillonné le monde entier pour en étudier les innombrables espèces, réalisant quelque 50 000 dessins à découvrir à la fondation Cartier. Instigateur il y a trente ans du Radeau des cimes (ingénieux dispositif d’étude de la canopée des forêts tropicales), il tire la sonnette d’alarme sur les conséquences écologiques de la déforestation et, pour sensibiliser le plus grand nombre à l’urgence de la situation, il a créé en 2017 l’association Forest Art Project, réunissant des artistes et des scientifiques. Mais le projet qui lui tient le plus à cœur est la reconstitution d’une forêt primaire – c’est-à-dire sans traces d’exploitation humaine en Europe. Une entreprise qui demande pas moins de dix siècles ! Francis Hallé veut en faire une grande cause européenne, alors que la forêt la plus ancienne de l’UE – celle de Biatowieh à l’est de la Pologne – subit depuis l’arrivée du parti PiS au pouvoir un abattage intensif. Divers sites sont à l’étude, avec la possibilité de les visiter par la canopée Toujours aussi déterminé à 81 ans, le chercheur souligne combien ce projet suscite l’enthousiasme « car il y a l’idée de transmission d’une génération à l’autre, ce qui fait du bien en ces temps d’impatience et d’immédiateté ». D. B.

L’intelligence des plantes, une réalité loin d’être virtuelle

Elles pensent, ressentent, savent communiquer et réagir à leur environnement : non seulement les plantes sont des êtres vivants, mais elles seraient dotées d’une intelligence propre. Des études scientifiques très sérieuses en ont fait la démonstration récente tandis que les artistes en avaient déjà eu l’intime intuition. Rien d’étonnant à ce que ces deux champs de recherche – l’art et la biologie – unissent leurs forces pour faire éclore des œuvres hybrides donnant matière à réflexion. Et à une foule d’émotions.

Stefano Mancuso, neurologue du végétal
Llareta #0308 – 2B31, série Old Living Things on Earth, 2014 :
Rachel Sussman a parcouru le monde pour trouver ce type d’organisme vivant millénaire pour une exposition sur l’intelligence des plantes.

Son ouvrage l’Intelligence des plantes (éd. Albin Michel), coécrit avec Alessandra Viola et paru en Italie en 2013, a fait l’effet d’une bombe dans la communauté scientifique – dont une partie conteste encore ses travaux – et séduit une large partie de l’opinion publique: il a été traduit dans 21 pays. Fondateur de la « neurologie végétale », l’italien Stefano Mancuso a demontré comment les plantes étaient des êtres vivants hypersensibles, capables de communiquer entre-elles et avec les animaux, de comprendre leur environnement et d’interagir avec lui, soulignant qu’il faudrait s’en inspirer pour résoudre nos problèmes écologiques. Son esprit pionnier et son goût de l’aventure l’ont naturellement entraîné sur les routes non conformes de la création. L’année dernière, il s’est associé à l’artiste allemand Carsten Höller pour proposer au Palazzo Strozzi, à Florence, une exposition délirante, où le visiteur devait se laisser glisser dans un toboggan de 20 mètres, un petit plant de haricot à la main. Lequel était ensuite analysé dans un laboratoire pour voir comment il avait été émotionnellement affecté par la descente. Cet été, pour la fondation Cartier, Mancuso récidive avec une nouvelle Installation interactive conçue avec l’artiste Thijs Biersteker. Intitulée Symbiosia, elle doit donner à voir en temps réel les flux électriques et sensoriels émis par deux arbres du jardin de la fondation et leur réactivité au public environnant. D. B.

Un petit coin paradisiaque inspiré par une enfance passé en Vendée

Il est comme une plante vivace, une de ces sacrées herbes que rien ne déracine. Plus besoin pour lui d’aborder des cheveux verts fluo, comme il le faisait dans les années 2000 : Fabrice Hyber est aussi humain que végétal. Non qu’il ait l’énergie d’un légume, c’est plutôt le contraire. mais les arbres et plantes semblent ses frères de pensée. Nul hasard si le fameux plasticien a fait du rhizome l’un des modes de structuration de ses peintures ci dessins: les motifs et les idées semblent surgir d’une œuvre à l’autre, comme une pousse pointe le bout de son nez sur un humus fertile, pour resurgir à quelques mètres de là, pas tout à fait la même, pas tout à fait autre. Chaque fois qu’il ramène sa fraise, notre Lion d’or de Venise 1997 cultive à sa façon son jardin. « J’aime que mon art soit clandestin, qu’il s’immisce dans plein de milieux différents », confie-t-il. Ainsi, dans sa Vendée natale, s’est-ll construit un paysage idéal. Dans la Vallée, comme il l’appelle, autrefois complètement déboisée, il a planté des centaines de milliers d’arbres, fruitiers pour la moitié, et venus de toute la planète. « Nous ne sommes pas dans la forêt romantique mais dans une forée construite et pensée comme une sculpture qui voit ses branches et retomber pour se ressaisir dans l’allégresse » a écrit au sujet de son ami le poète Pierre Gicquel, juste avant de s’éteindre l’hiver dernier. Et d’élucider en partie le mystère Hyber dans la suite de ses Moême, publiés aux éditions du Regard : « Semer, planter, comme on dit semer le trouble ». E.L.

Fabrice Hyber, semeur de troubles poétiques
Fabrice Hyber Prototype de paradis, 2013 :
Inspiré par le jardin idéal qu’il a recréé dans sa Vendée natale, le créateur à l’ame verte a planté ce petit coin de paradis pour la biennale de Lyon en 2013.

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