Article d’actualité :

Enquête beaux-arts magazine (édition 2)

Nov 29, 2018

« J’aime réveiller la joie de penser à des possibilités, à ce qui pourrait-être », confie l’artiste allemande Cornelia Konrads. Jusqu’où ira-t-on si l’on emprunte l’énigmatique chemin crée dans le parc du domaine de Chaumont-Sur-Loire ?

Comment les artistes réinventent les jardins ?

Retranscription journalistique, enquête des beaux-arts magazine

La nature sans l’homme, nouvelle utopie humaine

Les désastres écologiques et la prise de conscience d’un temps long où l’homme n’existait pas, et où peut-être il n’existera plus, inspirent aux artistes des œuvres aux accents apocalyptiques dans lesquelles la nature reprend ses droits. Débarrassé de toute présence humaine, le jardin du futur se fait sauvage. Des communautés organiques y vivent en autarcie, capables de se régénérer sans aide extérieure, opposant aux hystéries du monde moderne un nouvel espace-temps.

Fuir le musée pour se réfugier au jardin… Presque un rêve d’enfant. Celui que cultive Pierre Huyghe dans une version radicale et subtile, sinon existentielle. De biennales en expositions, le plasticien français affine son désir de créer de toutes pièces un jardin sauvage : « Un lieu qui serait. Point. » Ainsi le définissait-il juste après sa première mise en scène en pleine nature, écosystème vertigineux caché au fin fond de Karlsaue Park, à Kassel, pendant la Documenta de 2012. Avec sa statue de femme alanguie au visage sculpté d’un essaim d’abeilles, ses glauques marigots et son chien blanc à la patte rose, ce projet avait fait le tour du monde. Untilled (« non cultivé, en friche »), s’intitulait ce paysage peu sage. Huyghe prolongea l’expérience au Centre Pompidou, en 2014. Ici, pas de jardin au sens strict, mais un accrochage qui empruntait au genre son principe organique, sa capacité à croître sans l’homme, malgré l’homme. Ni bosquet ni fontaine dans cette stupéfiante exposition, mais mille traces de cette vie que, d’ordinaire, l’institution s’acharne à éradiquer, colonies de fourmis, araignées sans filet, microclimats d’eau, de brume ou de glace. « Ces choses ne sont pas prises dans un filet qui les domestiquerait, revendiquait-il alors. Elles font du visiteur un témoin sauvage. » À l’automne prochain, il poursuivra son exploration en tant que commissaire de la triennale d’Okayama, au Japon. Avec des artistes comme Fabien Giraud & Raphaël Siboni ou Tinto Sehgal, il créera un « superorganisme », sorte d’amibe géante et conceptuelle. Sans lâcher pour autant ce fantasme de dénicher un site naturel qui saurait « se libérer de l’autorité de l’art pour tous » … Il est toujours en quête du lieu idéal. Mais peut-être est-ce dans son propre cerveau que prolifère ce jardin original et originel? E. L.

C’est un film qui fait l’effet d’une bête enterrée. Est-on sur Terre, en son cœur de lave, ou sur une étoile inconnue ? Philippe Parreno a composé une promenade envoûtante et caverneuse dans un jardin d’outre-tombe. La camera se promène dans les méandres de ce paysage qui a emprunté à la nuit sa chromie, grâce au génie du paysagiste flamand Bas Smets. Cristaux sombres, plantes charbonneuses…

Le regard plane, comme emporté dans un souffle. Quelque part au Portugal se niche un site interdit d’accès, si ce n’est aux caméras de l’artiste. Le film et le jardin s’intitulent CHZ, pour Continuously Habitable Zone, expression qualifiant les planètes où la vie pourrait apparaître dans la Galaxie – Parreno s’est inspiré des recherches d’Hubertus Strughold sur la possibilité de vie sur Mars. ll y a de la tragédie dans cette balade, quelque chose des Enfers qu’aurait approchés Orphée. « Ce jardin est une pollution, une anamorphose dont on n’aurait pas le point de fuite. Il fait un peu référence au texte de Georges Bataille sur l’hétérologie, ce que la pensée rejette et ne veut pas voir, raconte le créateur de ce monstre végétal. Dans vingt ans, j’aimerais faire un film – ou que quelqu’un d’autre le fasse si je ne suis plus là, pour voir comment cette réalité a vécu, comment elle a survécu à sa représentation, et ce qu’elle a produit. Cela m’intéresse de créer ce cordon ombilical. » Car comme toujours, chez ce plasticien, il s’agit de « questionner ce qui surgit à l’image ». Et ce qui survit à l’homme, sous le soleil noir de la mélancolie. E.L.

Pierre Huyghe ou la vie sauvage
Philippe Parreno,
«Ce jardin est une pollution »

Pierre Huyghe Untilled, 2011-2012. :
 « Je m’intéresse à l’aspect vital de l’image. Il s’agit d’exposer quelqu’un à quelque chose, plutôt que quelque chose à quelqu’un. 
Continuously Habitable Zone, CHZ (2011) :
Entre fiction et réalité, bienvenue sur la planète sombre que Philippe Parreno a imaginée dans un lieu secret et inaccessible, au Portugal

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